Supreme, la marque streetwear américaine culte passée au crible

Supreme : la marque streetwear américaine culte passée au crible
photo : wwd.com

Fondée par James Jebbia en 1994 sur Lafayette Street à New York, Supreme est passée d’une petite boutique servant les skateurs à une marque mondiale. Aujourd’hui? 17 emplacements à travers le monde, un chiffre d’affaires de 538 millions de dollars (exercice fiscal 2024) et un propriétaire de poids: le géant EssilorLuxottica (rachat finalisé en octobre 2024). Pas mal pour une boutique de planches.

Supreme, c’est le logo rouge et le rituel des jeudis

Qu’est-ce qui rend Supreme si excitant? Le « drop model », c’est-à-dire:

  • Éditions limitées chaque semaine le jeudi à 11h00, heure de l’Est
  • Offre artificiellement limitée (un t-shirt? Peut-être 500 pièces dans le monde)
  • Des files d’attente devant les boutiques et la revente à 300 % du prix

Ce n’est pas une vente ordinaire. C’est un rituel où tu n’achètes pas un produit, mais tu participes à un événement. Les produits s’écoulent en quelques minutes, parfois en quelques secondes. Ce qui n’a pas fini dans le panier? Ça se retrouve sur le marché secondaire au prix d’un appartement.

Dans la partie suivante, tu découvriras comment la marque est passée d’une seule boutique à un empire mondial et pourquoi chaque collaboration (oui, même la Nike SB Dunk) fait exploser Internet.

Histoire et évolution

Avant d’ouvrir James Jebbia Supreme, il devait d’abord comprendre New York. Il s’y est installé en 1982, a travaillé chez Union NYC (1989), puis dans la branche new-yorkaise de Stüssy (1991). C’est là qu’il a appris ce dont le skateboard avait vraiment besoin, du moins en matière de vêtements.

Principales étapes clés

AnnéeÉvénement
1994Ouverture de la première boutique sur Lafayette Street à SoHo
1996Création d’une équipe de skate
1998Expansion au Japon, 3 boutiques
2002Nike SB Dunk, première grande collaboration
2011Boutique à Londres
2012Collection avec Comme des Garçons
2017Louis Vuitton, prix CFDA, Carlyle achète 50 % pour 500 millions USD (valorisation: 1 milliard USD)
2020VF Corp rachète pour 2,1 milliards USD
2022-2023Tremaine Emory directeur créatif, puis démission
10.2024EssilorLuxottica finalise l’acquisition pour 1,5 milliard USD

Il convient de mentionner que le célèbre logo box rouge s’inspire clairement des œuvres de l’artiste Barbara Kruger (inscriptions blanches et rouges sur fond d’images). Le débat sur l’éthique de cet emprunt se poursuit encore aujourd’hui.

Du culte des skateurs à la mode des salons

La petite surface de magasin avec des rampes en béton a évolué en une hybridation mondiale du streetwear et du luxe. La collaboration avec Louis Vuitton en 2017 a mis fin au débat sur la question de savoir si Supreme était de la “vraie mode” – plus personne ne s’en souciait, car la marque avait été acceptée partout.

Comment fonctionne le modèle de drops?

Supreme a élevé son système de lancements au rang de culte. Chaque jeudi, à 11h00 précises, heure de New York, la vente de la nouvelle collection commence. Quantités limitées, aucune prévente, aucune annonce sur le nombre de pièces disponibles. Cette pénurie artificielle est une stratégie délibérée qui alimente la revente sur le marché secondaire. Les produits atteignent régulièrement des prix allant de 2 à même 10 fois le prix de détail. Bien qu’un certain refroidissement soit perceptible récemment, la part de Supreme sur StockX est passée d’environ 36 % en 2020 à environ 16 % aujourd’hui. Le hype reste cependant bien vivant.

CanalPrincipeExemple
supreme.comPremière digital‑first, jeudi 11h00 ESTPoint de vente principal
Magasins physiques17 sites dans le monde entier4 États-Unis, 4 Europe, 9 Asie
Dover Street MarketLe seul point de vente en gros externeCollaboration avec Rei Kawakubo

La qualité, le logo et des choses auxquelles personne ne s’attend

Les t-shirts Supreme sont en coton de 220-240 g/m², les sweats ont des coutures renforcées, les chinos reçoivent des surpiqûres bar-tack aux endroits critiques. Box logo? Futura Heavy Oblique, blanc sur fond rouge, dimensions environ 4,5×3 pouces. Toujours la même chose depuis des années.

Et puis il y a les accessoires. Supreme a vendu une brique avec son propre logo. Une lampe torche Maglite. Un couteau Buck 120. Le marketing repose entièrement sur le bouche-à-oreille et des ambassadeurs comme A$AP Rocky ou Tyler, the Creator. Zéro publicité traditionnelle. Aujourd’hui, la marque vise la Chine et la Corée, et après l’acquisition par EssilorLuxottica, on verra sûrement plus de lunettes (Ray‑Ban, Oakley).

Entre la rue et le salon

Supreme évolue à la frontière de deux mondes, et c’est précisément là que réside sa force. D’un côté, la marque reste fidèle à la rue, à l’ADN du skate et à la culture qui l’a vue naître. De l’autre, elle entre dans les galeries, apparaît dans les collections de collectionneurs d’art, et atteint des prix comparables à ceux d’œuvres d’artistes reconnus. Cette dualité n’est pas le fruit du hasard, mais une stratégie qui a permis à la marque de ne plus être seulement un vêtement.

En fait, tu n’achètes pas un t-shirt. Tu achètes un morceau d’histoire culturelle que tu peux porter ou accrocher au mur. Et c’est justement cela qui fascine, que tu sois sur un skate ou à un vernissage.

Noahii U90

rédaction mode & lifestyle

Luxe