Vélos Moulton – l’excellence britannique dans l’univers des vélos pliants

Un jour, j’ai vu à la gare un type qui sortait un vélo de son sac. Pas un modèle Decathlon à mille balles, mais un pliant étincelant, qui ressemblait à une œuvre d’art dans une galerie. Il s’est avéré que c’était un Moulton. Et il coûtait plus cher que mon budget mensuel pour tout. Voire même plusieurs budgets.
Ces vélos sont un vrai phénomène. De petites roues – comme sur les vélos pour enfants, mais ne t’y fie pas. Suspension intégrale à l’avant et à l’arrière. Un cadre qu’on peut démonter ou plier, selon le modèle. Tout est fait à la main dans une sorte d’atelier en Angleterre. Et les prix commencent à plusieurs milliers d’euros, sans plafond. On peut dépenser 30 000, 40 000 ou même plus. C’est pour ça qu’on les compare à une Rolls-Royce – ce n’est pas un jouet pour tout le monde.
Moulton – le Rolls-Royce des vélos pliants

photo: traditionalcycleshop.co.uk
La plupart d’entre nous associe les vélos pliants à Brompton. Pratique, urbain, relativement abordable. Moulton, c’est une toute autre catégorie. Là où Brompton mise sur la simplicité et la polyvalence, Moulton pousse l’ingénierie à l’extrême. La suspension fonctionne comme sur un bon VTT, mais avec de petites roues. La géométrie du cadre résulte de calculs précis, pas de compromis de production. Ce n’est pas un vélo à plier rapidement pour le jeter dans le métro. C’est une machine pour ceux qui veulent vraiment bien rouler — et qui sont prêts à y mettre le prix.
Qui achète de telles merveilles? Des passionnés, des collectionneurs, parfois des architectes ou des designers qui apprécient les objets bien conçus. Au Japon ou au Royaume-Uni, il existe des clubs de propriétaires de Moulton. Ils se retrouvent, roulent ensemble, échangent leurs expériences — un peu comme les propriétaires de Porsche classiques. En Pologne, cela reste une niche, mais je vois de plus en plus souvent ces vélos dans les grandes villes.
Aujourd’hui, après la pandémie, tout le monde reparle de mobilité urbaine. Les gens cherchent plus qu’une trottinette électrique ou un pliant basique. Ils veulent de la qualité, du design, de l’unicité. Et c’est précisément pour cela qu’il faut s’intéresser à Moulton — car c’est l’exemple parfait de la façon dont on peut allier fonctionnalité et luxe. La prochaine fois, je vous raconterai d’où vient ce concept et pourquoi, dans les années soixante, quelqu’un a eu l’idée de fabriquer des vélos à petites roues et à suspension.
De la révolution de 1962 à l’édition 60th Anniversary – le chemin vers le segment premium
Il est difficile à croire, mais les premiers Moulton ont été créés pour résoudre un problème tout simple: la fatigue après avoir roulé en ville. Aujourd’hui, un vélo issu de cette marque peut coûter autant qu’une voiture d’occasion tout à fait correcte. Comment un projet destiné à la classe moyenne est-il devenu un objet de désir pour les collectionneurs?
Le Dr Alex Moulton n’était pas un simple passionné de vélo. Il travaillait comme ingénieur sur la suspension de la Mini – vous vous souvenez de cette petite voiture culte? Dans les années 50, il se rendait chaque jour au travail et s’agaçait simplement de l’inconfort des vélos. Cadre rigide, grandes roues, chaque trou dans la route était un coup dans le dos. En 1962, il a présenté au monde quelque chose d’étrange: un petit vélo avec des roues de 17 pouces, un cadre F-frame et, surtout, une suspension en caoutchouc. Les gens le regardaient comme un extraterrestre, mais l’idée fonctionnait. Le cadre était pliable, on pouvait donc le mettre dans le coffre d’une voiture.
Les années 60 ont vraiment été un âge d’or. Le modèle Spaceframe est arrivé sur le marché et a fait un tabac – plus de 50 000 exemplaires vendus avant la fin de la décennie. La famille royale britannique roulait en Moulton, les vélos apparaissaient dans les films, les sportifs les utilisaient pour s’entraîner. On pensait que c’était l’avenir du vélo. Mais l’avenir est parfois imprévisible. En 1969, l’entreprise a fait faillite. Les droits de production ont été repris par Raleigh et, paradoxalement, ce fut une catastrophe pour la marque. Ils ont commencé à fabriquer des versions moins chères sans suspension, ce qui détruisait l’essence même du Moulton.
Alex Moulton n’a pas abandonné. Dans les années 70, il a tenté différentes collaborations – le modèle Cyclone avec Pashley, des expérimentations, des prototypes. La marque survivait tant bien que mal, mais ce n’était plus la même dynamique. Ce n’est qu’autour de l’an 2000, lorsqu’il a fondé Moulton Developments Ltd., qu’une nouvelle histoire a commencé. La série New Series (NS) a marqué un nouveau départ. Mais cette fois, il ne s’agissait plus d’accessibilité de masse. Acier, aluminium, puis carbone. Les prix grimpaient, la production diminuait, mais la qualité impressionnait.
Après la mort de Moulton en 2012, l’entreprise a changé plusieurs fois de mains. D’abord Pilon, puis AJM Group. Et c’est justement à cette période qu’un phénomène intéressant s’est produit: Moulton a cessé d’être un simple vélo pliant pour devenir un produit haut de gamme. Peut-être parce que les nouveaux propriétaires ont compris que la niche n’était pas un défaut? Ou tout simplement parce que le marché avait changé et que les gens cherchaient autre chose qu’un vélo ordinaire.
Ces dernières années, on est passé au pur haut de gamme. Le modèle eNS1 est le premier e-bike de la marque, et l’introduction du cadre en carbone NS1 Carbon a montré leur orientation technologique. L’édition 60th Anniversary de 2022 était un véritable symbole – série limitée, prix astronomiques, mais tout est parti en quelques mois. Le Japon et l’Asie sont devenus fous des Moulton, des clubs de propriétaires organisent des rassemblements, certains modèles des années 60 atteignent aux enchères des sommes que je préfère ne même pas mentionner ici.
C’est ce parcours – d’un vélo pratique pour tous à un objet de culte – qui fait qu’aujourd’hui, Moulton n’est pas simplement une marque de vélos. C’est un morceau d’histoire du design, de l’ingénierie et, au fond, de la persévérance d’un homme. Pour comprendre pourquoi ces vélos sont si chers, il faut se pencher sur leur conception. Mais ça, c’est pour tout de suite.

photo: cyclefit.co.uk
Dates clés dans l’histoire de la marque:
- 1962 – premier prototype avec cadre F-frame et petites roues
- Les années 60 – apogée de la popularité, modèle Spaceframe, plus de 50 000 exemplaires vendus
- 1969 – faillite et repr
Ingénierie, modèles et prix – qu’achetons-nous réellement en payant pour un Moulton
Pour quoi payons-nous en réalité plusieurs dizaines de milliers de zlotys en achetant un Moulton? Car soyons honnêtes – ce ne sont pas des sommes que l’on dépense pour un vélo sans y réfléchir. On peut peut-être acheter un Brompton à 8 000 sans trop sourciller, mais un Moulton à 25 ou 30 000? Là, c’est une décision qui demande réflexion. Et ici, la clé, c’est l’ingénierie. Pas le design, pas le prestige, ni le nom – même si tout cela joue un rôle – mais bien les solutions techniques concrètes dans le cadre et la suspension.
Commençons par ce qui saute le plus aux yeux: la construction du cadre. Moulton utilise plusieurs types différents, selon la gamme. Le plus populaire est le Spaceframe – un cadre en treillis fait de tubes soudés en aluminium 6061 ou 7005, qui ressemble un peu à l’ossature d’un pont. Grâce à ses formes géométriques triangulaires, il est rigide comme une barre, tout en restant léger. Ensuite, il y a le NS1 Carbon, qui combine l’aluminium avec des éléments en carbone T700 – ici, le poids descend parfois sous les 10 kg, ce qui est impressionnant pour un vélo tout suspendu. Et enfin, l’APB – Advanced Performance Bike – la série phare en alliages d’aluminium de la plus haute qualité, où tout est précisément ajusté pour la performance. La géométrie? Je ne vais pas citer ici des tableaux de reach et de stack, car ce n’est pas un manuel pour les passionnés de biomécanique, mais globalement, le Moulton offre une position un peu plus redressée qu’un vélo de route classique, ce qui apporte du confort sur les longues distances sans sacrifier l’efficacité.
Plus important encore – le cadre est segmenté et se démonte en son centre. Ce n’est pas un pliage comme chez Brompton, où l’on replie le vélo en un petit paquet compact. Chez Moulton, on assemble ou sépare les deux moitiés, ce qui permet de le glisser dans un coffre ou de l’emmener en avion, tout en conservant une rigidité totale à l’usage. Aucun jeu, aucun grincement après quelques mois d’utilisation.
Passons maintenant à la suspension. C’est là le véritable game changer. Moulton est l’un des rares vélos à disposer d’une suspension indépendante à la fois à l’avant et à l’arrière – et on parle d’un vélo avec de petites roues, 17″ à l’arrière et 20″ à l’avant. Le débattement est généralement de 30 à 50 mm, avec un mélange d’éléments en caoutchouc et de ressorts (rubber/coil). Cela peut sembler peu, mais en pratique, c’est suffisant, car les petites roues réagissent d’elles-mêmes plus vite aux irrégularités. Les études montrent que le système Moulton réduit les vibrations d’environ 30 à 40 % par rapport à des cadres rigides de même taille. Alex Moulton lui-même évoquait des tests où ses vélos étaient mesurés sur des pavés – et c’est là que la différence se voit. Petites roues plus suspension offrent des accélérations rapides en ville et une conduite étonnamment fluide même sur les chemins gravel. Qu’y perd-on? Une vitesse de pointe à peine inférieure sur les longues lignes droites – certains testeurs parlent de 2 à 3 km/h de moins par rapport à des roues de 28 pouces, mais c’est une question d’aérodynamisme, pas de conception.
Venons-en au concret. Quels modèles peut-on acheter et à quel prix?
| Modèle | Poids | Courses | Prix (£ / PLN) | Destination | Caractéristique clé |
|---|---|---|---|---|---|
| NS Double7 | ~11,5 kg | 14 (2×7) | 3 200 / ~17 000 | Ville, trajets quotidiens | Compromis entre prix et performance |
| TSR90 | ~10,8 kg | 27 (3×9) | 5 800 / ~28 000 | Tourisme, gravel | Large plage de rapports, durabilité |
| eNS1 | ~16 kg |

photo: electrabike.ae
Pour qui est Moulton – applications, communauté et marché (également en Pologne)
Qui est le propriétaire type d’un Moulton? Imaginez un quadragénaire qui se rend au travail – il gagne bien sa vie, mais déteste perdre du temps dans les embouteillages. Pour lui, un vélo pliant n’est pas un jouet d’enfant, mais un véritable outil. Il recherche le confort et, s’il doit dépenser une somme conséquente, il veut que la machine soit vraiment performante. Et surtout, il veut quelque chose de différent de tous ces pliants urbains qu’on voit dans le métro.
Le profil du client est assez clair. L’âge moyen des propriétaires de Moulton tourne autour de 40 ans et plus, parfois bien davantage. Ce ne sont pas des gens qui achètent leur premier vélo. Ils en ont déjà eu plusieurs, ont roulé sur des vélos de route classiques ou des VTT, mais c’est le moment de passer à quelque chose de pratique et d’original. Les revenus? Il faut être honnête – un Moulton n’est pas un achat impulsif à 2 000 zlotys en magasin. Ici, on parle d’être prêt à dépenser 20 à 30 000 zlotys, voire plus pour un modèle haut de gamme directement de Bradford. Passionnés de technologie, collectionneurs de constructions atypiques, gens d’affaires – voilà le noyau dur.
Les usages concrets sont intéressants, car Moulton occupe des niches bien définies.
Avant tout, il s’agit du commuting dans les grandes métropoles. Londres, Tokyo – là-bas, les Moulton sont bien visibles. Un journaliste de la BBC glisse son APB pliant dans un taxi, arrive sur place, continue sa route. Un salaryman japonais prend son TSR dans le train, fait deux stations, le déplie et parcourt encore trois kilomètres jusqu’au bureau sur une piste confortable. Compacité et confort de conduite – ça fonctionne.
Deuxième usage: le tourisme. Les modèles TSR avec porte-bagages et sacoches sont parfaits pour le bikepacking. La suspension absorbe les irrégularités, la géométrie permet de rouler longtemps sans mal de dos. Certains traversent le Japon ou l’Écosse à vélo Moulton. Ce n’est peut-être pas un vélo pour le Rallye Dakar, mais pour les chemins de terre et les longues distances sur asphalte – c’est idéal.
Il y a aussi les collectionneurs. Les anciens modèles, surtout ceux en acier Reynolds des années 80, atteignent des prix fous aux enchères. Un Moulton classique d’occasion en parfait état peut coûter plus cher qu’un vélo neuf d’une marque ordinaire. Au Japon, c’est un véritable culte – des clubs de propriétaires organisent des rassemblements, des expositions, des échanges de modèles. Le Moulton Rally au Royaume-Uni est un événement annuel qui réunit des centaines de passionnés avec leurs vélos signés Alex Moulton. On raconte des anecdotes sur des exemplaires ayant parcouru plus de 100 000 kilomètres. Tant qu’on en prend soin, ça ne casse pas.
Mais tout n’est pas parfait – il y a des situations où le Moulton n’est tout simplement pas le bon choix. Courses sur route? Oubliez. Conduite agressive sur singletracks? Non plus. Si quelqu’un cherche juste le pliant le moins cher pour le métro – un Romet Wigry à 1 500 zlotys fera bien mieux l’affaire. Pour quelqu’un qui roule une fois par mois au parc, le Moulton, c’est comme acheter une Porsche pour aller faire les courses une fois par semaine.
La géographie du marché est assez caractéristique. Les principaux marchés sont le Royaume-Uni (évident, c’est le pays d’origine), le Japon (véritable phénomène – là-bas, Moulton a le statut d’icône du design), les États-Unis et l’Europe de l’Ouest. En Asie, les ventes progressent – Taïwan, Corée. Le segment premium des vélos pliants est une niche, mais Moulton y occupe une position de leader en termes de notoriété.
Et la Pologne? Justement. Plus de distributeur officiel depuis des années. Celui qui veut un Moulton doit organiser une importation privée depuis le Royaume-Uni ou

photo: objectsofuse.com
Comment aborder l’achat d’un Moulton – conclusions et perspectives d’avenir
Après plusieurs mois, voire des années, d’intérêt pour la marque Moulton, après avoir parcouru des milliers de photos, lu une douzaine de critiques et visionné chaque vidéo disponible, on en arrive à la question: est-ce que tout cela a vraiment du sens? Car une chose est de savoir que quelque chose est un chef-d’œuvre d’ingénierie, une autre est de franchir le pas et d’acheter.
Essayons de rassembler tout ce que nous savons en quelque chose de concret.
Commençons par les points forts. D’abord, la qualité de conduite – c’est vraiment efficace, un petit cadre ne signifie pas un confort réduit, bien au contraire. Ensuite, la compacité sans pliage – il se range sans occuper la moitié de l’appartement, et il peut être transporté quand il le faut. Troisièmement, la durabilité de la construction – un Moulton peut facilement survivre à son propriétaire, à condition d’en prendre soin. Quatrièmement, l’aspect statutaire – un vélo reconnaissable, qui suscite le respect, même si pour certains c’est secondaire. Cinquième point – une polyvalence exceptionnelle, de l’usage quotidien aux longues randonnées.

photo: thespoken.cc
Passons maintenant aux inconvénients. Le prix, bien sûr – c’est le principal obstacle, on parle de plusieurs fois le salaire moyen. L’entretien peut être compliqué, surtout en Pologne – pièces à importer, mécaniciens sans expérience. Disponibilité des modèles limitée, il faut souvent attendre des mois. Le comportement routier ne convient pas à tout le monde, certains n’accepteront pas la position, la géométrie, le ressenti différent. Enfin, le poids – certains modèles ne sont pas légers, surtout les versions de tourisme.
Avant de se rendre chez un revendeur ou de faire un virement, il vaut la peine de se poser quelques questions. Ai-je vraiment le budget non seulement pour l’achat, mais aussi pour l’entretien et d’éventuelles réparations? Quel est mon style de conduite – vitesse urbaine, longues distances, tourisme avec bagages? Où vais-je faire l’entretien – y a-t-il quelqu’un localement qui connaît la marque? Qu’est-ce qui compte le plus – le prestige ou la fonctionnalité, car la différence de prix entre le TSR et le Space Frame est énorme pour des capacités similaires. Suis-je prêt à attendre plusieurs mois et à devoir importer? Ai-je d’autres vélos pour différentes occasions, ou celui-ci serait-il mon unique vélo?
En regardant vers l’avenir, certaines tendances se dessinent. Les vélos électriques seront plus nombreux – les marques premium testent déjà l’intégration de l’électrique dans la construction traditionnelle, c’est inévitable. La personnalisation passera probablement à un niveau supérieur, peut-être que dans deux ans nous configurerons notre Moulton dans une application utilisant des algorithmes qui adaptent la géométrie à notre morphologie. Les prix devraient continuer à augmenter, car l’inflation et la hausse du coût du travail en Angleterre sont des réalités. L’expansion vers l’Asie semble logique – la Chine et l’Inde ont une classe moyenne croissante qui apprécie le style britannique. Mais la concurrence ne dort pas, les pliants électriques produits en masse à Taïwan coûtent déjà aujourd’hui un dixième du prix d’un Moulton.

photo: electrabike.ae
Sur le long terme, un Moulton peut être considéré comme un investissement – certains anciens modèles APB se vendent aujourd’hui plus cher qu’à leur sortie. C’est aussi un vélo pour trente ans, pas pour une saison. Et surtout, c’est une déclaration d’intention en matière de mobilité – un choix anti-voiture pour les personnes conscientes de l’écologie et de l’urbanisme.
Je conclurai ainsi. Moulton n’est pas un vélo pour tout le monde. Il s’adresse à ceux qui privilégient l’ingénierie au marketing, la qualité à la quantité, le long terme à la gratification immédiate. Pour les autres, il existe de nombreuses options moins chères et excellentes.
Mark
rédaction lifestyle & sport
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